Pourquoi écrire ? parce que …

Voici un témoignage synthétique qui m’a beaucoup parlé. Même si cette « tendance » ne persiste pas forcément toute une vie avec la même intensité, je crois qu’on en passe par là parfois. En tout cas, c’est ainsi que j’ai commencé.

I write because I have no choice but to write. Writing is physically part of me; it is part of me in ways that allow me to be me. When I think about not writing, I think about dying. The writing speaks to me in a secret language that only I know. I translate that language. Writing tells me to write and to talk to the world about who I am and what I believe in, what I struggle to know, and what I hope my memory will reveal to you (my dear reader).

Like Pablo Neruda, writing came to me. I don’t know how or why or when. But it came to me dressed in the only pretty face it had: in long swooping capital letters and synonyms and homonyms. It came to me in the moment that I wanted to seek out who I was, really.

I think about writing because I have to think about writing. I have no choice but to love in the moment all the words that try to speak to me. I write my conversation with the universe as it happens and as I remember it to be. When I am alone, I think writing is my partner. I think of writing as the best way to live; as the chance to be me in the way that I know how to be.

Why should writing be a question? Why should writing be a chore? I want to tell the stories of my life everyday. I want to speak to people as if they hear me beside them. I want to walk in front of the air and show my voice: sweet, scared, even shit-faced.

I did not find writing. Writing found me. When I think about its laugh or the way it holds me in the night when no-one is there to touch me, or the way it doesn’t shame me, how it accepts me when I’m fat or thin or happy or depressed, I know that I am doing what I am supposed to be doing. And in those brief spaces where I wonder if I am doing the right thing, when my manuscript is rejected for the fifth time, I know that there will be many more disappointments and it’s OK. It is OK because this is where I am supposed to be: writing.

Why must you write?

(a) Être soi et avoir la vie que l’on souhaite

Voici un magnifique témoignage qui fait particulièrement écho à mes réflexions de début d’année, pour savoir qui je suis et ce que je veux.

Une vie simple

Pendant très longtemps je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Lorsque j’étais petite je voulais faire tout un tas de choses : être exploratrice, pirate, archéologue, chercheuse de trésors, troubadour et tout ce qui s’apparentait à une vie aventureuse. Plus tard j’ai découvert l’Art et j’ai ensuite voulu devenir : conservatrice de musée, restauratrice d’œuvres d’arts, enlumineuse, tailleuse de pierre, sculptrice, peintre, orfèvre, puis je suis progressivement passée au monde du livre en voulant devenir écrivain, rédactrice, traductrice etc. Souvent entre deux envies matérielles j’émettais le souhait intérieur de surtout pouvoir toujours vivre à la campagne et de ne jamais devenir comme les citadins. Je voulais alors être herboriste, sorcière, éleveuse de chevaux, fermière, et j’en passe. Je voulais avoir un énorme jardin, rempli de plantes bizarres et très grandes, de légumes et de fruits toujours gorgés de jus, avec un goût divin.
Mais, finalement, je ne savais toujours pas quoi faire exactement de ma vie car tout ce à quoi je rêvais me paraissait impossible et, plus tard, influencée par les dires des adultes autour de moi, tout cela devenait irréalisable et utopique. Pourtant dans ma tête il y avait quelque chose qui clochait, qui était profondément stupide et irrationnel. Pourquoi aspirer à une vie simple semblait-il si fou ? Si naïf, si inexcusable, si enfantin, si contradictoire ? Je ne comprenais pas la logique des adultes, je les voyais trimer avec un métier qu’ils n’aimaient pas, pourquoi alors ne faisaient-ils pas plus simple ? Pourquoi ne laissaient-ils pas cette vie qui leur convenait si peu pour faire ce qu’ils voulaient ?
Bien sûr les réponses sont venues plus tard, lorsque j’ai dû à mon tour trouver ma place dans le monde du travail, chercher, trouver, toujours et encore, parce que je n’étais jamais satisfaite de ce que j’avais ni du lieu où j’habitais. Pendant quelques années j’étais enfermée dans la spirale intensive du gagner de l’argent pour vivre correctement, du moins en apparence histoire de ne pas faire naitre de questions gênantes de la part de la famille. Mais je me suis très vite lassée de cette course et très naturellement mes vieux rêves ont ressurgi.

Je suis toujours, et de plus en plus, étonnée et dubitative de voir, d’entendre et de lire que vouloir une vie simple est vu comme un acte de faiblesse voire de fuite. Soit disant on retournerait à un mode de vie marginal, hippie dans le meilleur des cas, rudimentaire voire sectaire dans le pire. Comment les gens peuvent-ils être si coupés de leurs aspirations profondes ? On ne me fera pas croire que faire des semaines de tant d’heures, de voir à peine sa femme et ses enfants chaque jour nous élève et nous permet d’être heureux. On ne me fera pas croire non plus qu’un salaire outrageusement élevé permet de se sentir mieux et de voir passer la vie moins amèrement.
On peut enfin parler sereinement et de façon intelligente avec les gens lorsqu’ils se sentent eux même sereins, paisibles, calmes et détachés de toutes leurs obligations quotidiennes. Ils se permettent alors de respirer enfin un peu, de dormir convenablement, de manger sainement, de prendre le temps d’admirer le paysage, de faire des découvertes, de passer du temps en famille. Bref, lorsqu’ils sont en vacances. C’est cette conscience là qui m’a fait prendre des choix à l’opposé du communément acceptable. Je ne voulais pas attendre de pouvoir être en vacances pour enfin pouvoir faire ce que je voulais, je ne voulais pas me sentir enchainée par obligations envers une société que je ne reconnais pas et qui ne me reconnait pas en tant qu’être humain dans ce que ce terme peut avoir de plus pur. Savoir que je me dirigeais sur le chemin qui me dégoutait profondément dans la vie des autres me rendait malade.
Bien sûr faire ce choix n’a pas été facile tant au niveau du regard et des médisances de ma famille qu’au regard des autres pour qui vous passez pour une bizarre, une originale, une paumée, une inconsciente, une bobo-bio, une fille simplette, une qu’elle est mignone ! un peu con mais mignone. Mais ce qu’il faut dire c’est qu’au bout d’un moment le regard des autres on s’en fiche, tellement ce besoin viscéral de vivre comme on l’entend devient oppressant, obsédant, et urgent. Les choses nous paraissent alors si futiles, si contradictoires, si débilitantes. Et plus le temps passe, plus vous avez l’impression d’être complètement à l’opposé de tout ce que vous entendez et voyez, d’être à l’envers, d’être effectivement en marge parce que vous n’acceptez plus qu’on vous prenne constamment pour une abrutie. Il y a un fossé énorme qui se creuse chaque jour entre ce que nous construisons comme société et ce à quoi nous aspirons vraiment.

Le réveil des consciences est si lent. Faire face à soi-même fait si peur aux gens. Se mentir est tellement plus simple.

J’ai vécu mes plus beaux moments dans un « état » de simplicité. Depuis 4 ans environ j’ai fait le choix en tout état de cause de vivre simplement et lorsque je me sens abattue, dépassée, la première chose qui me vient à l’esprit est notre future maison près de la forêt avec notre grand jardin. Et rien ne me redonne autant envie d’aller de l’avant, rien ne me redonne autant envie de m’abreuver encore des magnificences de ce monde.
Quel étrange état de fait de se dire et de se rendre compte que « revenir » à des choses simples est si difficile aujourd’hui !
Pourtant il suffit en premier lieu de le vouloir et tout se met en place ensuite. Les choses s’enchainent, les synchronicités arrivent, vous rencontrez les bonnes personnes, aux bons moments, le chemin s’ouvre … et vous ne pouvez plus revenir en arrière, vous ne le voulez plus.

Une vie simple pour moi c’est se réveiller chaque matin de bonne humeur et heureuse d’une nouvelle journée qui s’annonce. C’est pouvoir prendre le temps de déjeuner, prendre le temps de se réveiller en douceur. C’est prendre le temps d’une balade même s’il fait gris, le temps de lire 1 heure ou 2 même si j’ai du travail par dessus la tête. C’est prendre un carré de chocolat noir sans penser aux dictats physiques de notre temps. Décorer et rendre mon foyer doux et intime sans dépenser des fortunes en aménagement. C’est aussi prendre son thermos, son sac à dos, quelques biscuits maison et battre la campagne toute une journée. C’est élever mon fils grâce à des concepts simples et sains, lui apprendre plus tard qu’il est le seul juge de sa propre vie et qu’il ne doit jamais oublier de lever les yeux et d’admirer tout ce qui lui est offert chaque jour. C’est me connecter aux énergies du monde (tenter du moins), au sol frais sous mes pieds, à la lumière qui perce les branchages, au doux bourdonnement des abeilles au printemps, à la pluie fraiche de l’été et aux odeurs de mousse et de feuille en automne. Une vie simple est une vie de contemplation silencieuse, une vie de respiration douce et harmonieuse, une vie de lenteur. Et ce n’est pas impossible, quoi que vous entendiez dire à ce sujet.

A travers ce blog, je tente aussi de montrer à qui passe par là que tout cela est possible. Je suis loin d’être riche, je n’ai actuellement aucun salaire si vous voulez tout savoir, j’ai bientôt la trentaine, je suis toujours étudiante et depuis peu maman. Un jour j’ai réalisé que ce n’est pas à travers le métier que l’on veut faire plus tard que l’on se réalise, mais comment on décide de vivre sa propre vie. A partir de ce moment tout a changé, j’ai eu l’impression que ma vision avait tourné à 180°C et que tout un pan de ma propre vie et de mon propre moi m’était alors révélé. Rester sur ces acquis est une des pires choses à faire. Il n’y a rien de plus handicapant que l’immobilisme mais surtout la certitude que l’on a déjà fait le tour des choses et que l’on est blasé de tout.

Cet espace n’a jamais eu pour prétention de ne parler que de spiritualité, et j’en suis bien contente, car au fil des jours je me rends compte à quel point tout s’interpénètre. Sans doute certains se demandent ce que des recettes viennent faire entre un article sur un bouquin philosophique et une page de citations. Pour moi pourtant tout est d’une cohérence amusante, les choses forment un tout et il serait malvenu de ne montrer qu’un de ses aspects parce que c’est tendance.

Souvent je plaisante avec d’autres qui me semble t-il ont à peu près les mêmes aspirations en m’écriant des choses qui peuvent paraitre stupides au premier abord. Mais pourtant pensez-y : vive le fromage de chèvre, le saucisson sec. Le (bon) gras, c’est la vie ! Je suis une fougère quand j’en ai envie et rien ne m’empêche d’aller courir les près avec un chapeau pointu.

L’innocence est un trésor lumineux que nous portons du début jusqu’à la fin et n’est en rien péjoratif. Il faudrait être fou pour ne pas comprendre qu’aller élever des biquettes en montagne ou faire du Gruyère AOC grâce à ses vaches qui mangent le foin aux fleurs précieusement récolté pendant les interminables journées d’été est mieux que d’être PDG d’une grande multinationale qui croule sous les pots-de-vin et de s’entendre annoncer qu’on a un ulcère – pour le moins pire – et qu’on va creuver dans 5 ans … pauvres petits billets qui ne passeront pas de l’autre côté ! C’est moche.

 

Pour tout commentaire n’hésitez pas à vous rendre sur la page de Waldatura.

(a) Comment gérer le rejet ?

Voici un témoignage superbe de S.D., qui est en lien sur le blog, à propos du rejet de nos créations (manuscrits en l’occurrence) :

A writer’s life is one of rejection. In 2002, on a whim and an afterthought, I started writing Where the Rain Falls. It was a tedious process, full of self-doubts much like the peace that was never final in Assam. I finished WTRF in 2006 and spent another year editing and rewriting. At the end of it, the book was shining like a beacon in the literary world. So I thought. How wrong I was.

I started querying. In batches of five or six I sent out queries and to only those agents accepting electronic submissions. Can you imagine the cost of couriering a letter to London or New York? And the normal post? I was better off throwing my query in a bottle into the Brahmaputra. The first agency I queried requested a partial, and a week later, the full manuscript. There were more requests for partials and fulls. In the meantime, I kept working on the manuscript, so that every time a partial or full was requested, I had something better to send. And every time I finished editing, it felt like it was the best I could do. Then the rejections started coming in. Brief letters dropping subtle hints. They were pointing out deficiencies in the story, problems with the plot, dialogue, where I could improve. ‘The story takes too long to take off’, ‘Over repetition of some words’, ‘Can you please cut down on the prose?’ They said I could write. They liked the idea of an old widowed illiterate woman as the protagonist, someone who rose above her inadequacies to lead the protests against the atrocities of the soldiers. They liked the idea of a rebel assassin whose father was a pacifist and a Gandhian. They said it would not sell. They wished me luck. I wrote back thanking them for their time. Their inputs were invaluable. Every little pointer was like a mini-critique for free. These were people who have been in the trade for years. I took heart from the fact that the book was improving. I was learning. I had hope.

I left India for a few years in 2007. England was cold and dreary. I had little time to spare. I was working from eight in the morning. Patients, papers, presentations. Not to speak of the cold. And the infernal rain. Does it ever stop? But I still found time to write and revise. And the rejections, they kept pouring in, much like the rain. My writing was all right. The time, not at all. The publishing industry, I was told, was going through its worst period. One day, an agent wrote back. Yes, we like it, she said. We are not saying we would like to represent you, but we would like to work on it. It was one of the few agencies in London with their own editor. The editor sent her own letter. She wrote: ‘Many thanks for sending us your full typescript, which we have read with interest. We think this story is an astonishing undertaking. It is written with terrific commitment and fervour and we like the fact that the main character is an elderly widow. However, we do feel it needs some polishing. Firstly, the story takes too long to get going and the narrative voice takes a while to get into its stride. You can, occasionally, be too wordy with your prose – especially at the start – and this over-writing needs to be toned down. Do you think you could have a go at making the writing leaner and, perhaps, by doing this cut about 10,000 words from the story?’

I was elated. I set to work. A month later, I resubmitted. She wrote back within the week saying: ‘I do think your writing is of the right quality to merit publication. Your writing is sparse, evocative, and has a strong sense of place.’ There were a few more editorial suggestions. I set to work with gusto and couriered her the manuscript again after a month. She wrote back a week later. She always took a week. She said she was leaving to join as an editor in a well-known publishing house. She was leaving the manuscript behind for whoever comes to take her place. I waited. Six months passed. I sent a reminder to the new editor. She replied that the agency was no longer interested. I wasn’t angry. Disappointed, yes, but wasn’t the book in better shape? I was drifting in an endless sea in a storm that showed no signs of abetting. Hope was all I had. That very evening I started querying again.

A pile of rejections built up. It seems better was finding lesser acceptance. Three months later, an agent in New York wrote: ‘I have now finished re-reading WTRF, and I must tell you that I am even more enamored of the book now than I was upon first experiencing it. What a marvelous story.’ He offered representation. I accepted. He began to submit. I crossed my fingers, touched wood and declined to walk under ladders.

More months passed in waiting. It extended into a year. I wrote to the agent. He replied back. The recession in the publishing industry was bad and getting worse. A small press had accepted, then closed. Signing on my book was like inviting doom. The replies from my agent became vaguer with every passing month, and then stopped all together. Another year had passed. And still no shore in sight.

I returned to India still adrift. As if in welcome, three car bombs exploded one after the other during morning rush hour. I escaped one by about three minutes. There were many who were not that lucky. I started querying again. One agent in New Delhi replied within five minutes and asked for the full. Ten minutes later, he suggested a critique and quoted a price. I had enough. I started submitting to publishers on my own. In India, you can still do that. Even the big ones accept submissions from writers. Time passed. I forgot about the book. Gave it up. I started working on book no.2. On Christmas Eve 2010, I received an offer of publication. A few emails and phone calls later, I signed the contract in the New Year. And it has been a journey too long.

On hindsight, did I time my submission right? Was the manuscript polished enough? I thought I was well read. Only, the agents were better read. Their advice was invaluable. They gave shape to a book that was just a story told talked and written offhand. That they were kind enough to reply to my thought-perfect book was a blessing. I still cringe when I think of those days, how I dared to inflict my work on them. I never gave them a book they couldn’t refuse. My writing wasn’t perfect and I was foolish enough to believe it was. They were right. They read for a living. They know the inside outs.

Rejection? What I learned? Rejection is just a passing phase. I have seen enough of rejection and life to know nothing is certain in this world. It feels great to see the book listed with various online retailers. It is finally coming out. Or is it?

Le besoin vs la peur d’écrire

Autre article de Blanche de Castille conjoint à l’autre qui me parle beaucoup : comment trouver l’assurance d’écrire, comment se détacher de soi-même, être indulgent, l’écriture familiale….

Voilà qui est bien surprenant, n’est-ce pas ? Je tiens un blog, dans lequel je me plais à écrire des articles, et pourtant, j’ai une angoisse terrible devant un carnet. Et je ne peux imaginer écrire (une histoire) devant un écran. Ecrire sur des sujets tels que ma dernière lecture, une expo que je suis allée voir ou un thé dont je me suis délectée ne me pose pas de problème. Je sais que c’est un moyen d’expression, que je me livre à travers les lignes. Mais j’ai l’impression que les sujets que je traite, beaucoup de blogueuses les traitent déjà, ou pourraient les traiter. Et alors, cela me protège de l’expression de mon vrai moi. Mais peut-être que c’est précisément de cela dont il s’agit ?

J’ai souvent des images qui me passent par la tête, des phrases entières qui se forment et qui vont mourir dans un coin reclus de mon esprit. Ma tête n’est jamais silencieuse : elle invente des histoires, ou bien s’en remémore de nombreuses : il n’est pas rare qu’un paragraphe de Proust se déclame dans ma tête, mot pour mot. Parfois, ces récitations intérieures m’aident à trouver le sommeil. Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir écrire ces choses-là !

Alors je me suis acheté des carnets, choisis avec soin, que j’ai toujours sur moi, pour y livrer mes pensées. Mais depuis un mois que ces carnets sont dans mon sac, j’y ai inscrit plusieurs to-do listes, et j’ai jeté-là quelques idées, j’ai laissé ma pensée s’étendre sur 3 pages que je n’ai jamais osé relire. Que vais-je trouver là ? J’ai le vague souvenir que j’y ai consigné des sentiments forts, mais l’idée de les lire, me retrouver en face de ces mots me terrifie.

J’ai toujours dit que je voulais être écrivain, depuis toute petite. Cette idée d’écrire m’a titilée cet été. Mais j’ai tellement la frousse ! Je ne devrais pas juger mes écrits, je devrais les lire et les accepter avec bienveillance mais je ne peux pas : mon démon intérieur essaye de me rabaisser plus bas que terre, me disant que je suis nulle et incapable. Que ce que je pourrais avoir la prétention d’écrire serait inintéressant, inutile, vain. D’où cela me vient-il ?

J’ai pourtant toujours vu mes parents écrire, des dizaines de carnets s’amoncellent dans les affaires de ma mère. Et puis quand j’étais petite, je faisais toujours des diaries, plein de collages et de dessins. Où est partie cette confiance ? Où donc s’est enfui ce naturel ?

Je discutais de cela vendredi avec un ami de la famille, qui m’a dit ressentir aussi une terreur étonnante.  » Ecrire, me disait-il, ce serait prouver au monde à quel point je suis un être banal. C’est d’une prétention absolue, mais c’est cela. » Et je me suis retrouvée dans ces paroles. J’ai tellement d’admiration pour ceux qui savent, qui osent, qui ne se posent pas de questions, mais écrivent. Un écrivain justement me disait « ne te pose pas de questions, et écris. Tout ce qui vient. On verra après pour les connaissances historiques nécessaires pour affiner ton histoire. »

Je pourrais passer, et me dire que l’écriture, ce n’est pas pour moi, mais l’idée de ne jamais écrire me rend malheureuse, et pas un mot ne sort pour autant. Et je sais que si c’est le cas, mon ombre intérieure se dépêchera de m’épingler, pour me critiquer.

Je dévore les livres ces temps-ci, depuis cet été précisément, peut-être pour oublier que je n’ose pas écrire moi-même, peut-être pour chercher sous la plume d’un autres les mots que, peut-être, je pourrais tracer.

Le besoin d’écrire

Voici un article trouvé grâce à Althéa Lou sur les carnets et l’écriture qui m’a beaucoup parlé :

J’ai toujours vu ma maman avec des carnets. Elle a toujours fait des diaries de nos voyages, et de la vie quotidienne, comme ici. Aujourd’hui, comme certains avec les albums photos, on s’y plonge pour se remémorer des bouts de notre vie, de nos enfances, et les choses qu’elle y a amoureusement collées, décrites ou illustrées sont comme des passerelles vers le souvenir : elles sont « Comme après la métempsychose les pensées d’une existence antérieure ».
Alors, très petite, j’ai aussi fait comme elle des carnets de vacances, j’ai tenu des journaux. J’adorais récupérer un tas de choses pour les y coller, et j’avais une boite d’aquarelle que mon père m’avait donnée, à laquelle je tenais beaucoup (et que mon ex m’a prise et n’a jamais voulu me rendre, le salaud !) J’aimais la sensation du papier qui se gondolait sous mon pinceau, les couleurs qui se mélangeaient pour faire de ma page un arc-en-ciel chatoyant et unique au monde.

Je sais vaguement où sont ces carnets. Je pourrais les avoir partout où je vis, comme fait ma mère qui, s’il y avait un naufrage, emporterait sa cassette de carnets avant tout. Mais pourtant, je préfère les laisser vagabonder à leur guise d’un caron à l’autre. Ainsi, chaque fois que je retourne dans notre maison, j’adore farfouiller dans mes trésors d’enfant, parce qu’au détour d’un carton, il est bien possible que je tombe nez à nez avec un de ces carnets précieux, et qu’à chaque page tournée, une vague de souvenirs déferle littéralement sur moi. Chaque page me transporte au moment où je l’ai noircie de mots, colorée de dessins ou illustrée de collages.

Le carnet le plus douloureux est uniquement composé de mots. C’est celui que je tenais lorsque, en 5ème, j’étais en pension. J’y étais très malheureuse et je consignais là mes chagrins et ma tristesse, les choses que je vivais. En même temps, j’aimais cette période car ma mère m’envoyait chaque semaine des lettres merveilleuses, où elle nous dessinait et peignait, notre famille, notre vie. C’était magique ! J’en ai perdu quelques unes, mais j’ai les autres, qui me sont très précieuses.

Et après cela, plus rien. Je n’ai plus tenu de carnet de vacances, je ne sais pas pourquoi. L’adolescence est arrivée avec son fardeau de méchancetés, et je me disais que malgré tous les cours de dessin, de poterie ou mes tentatives de réécrire une série du Club des Cinq à 10 ans (oui, dès que j’ai appris à lire, j’ai rêvé d’être écrivain) m’amenaient uniquement à me dire « en fait, je n’ai aucun talent ».

J’ai quand même toujours conservé des carnets vierges chez moi, dans mes sacs à main, « au cas où », mais ils restaient obstinément fermés. Les pages que j’écrivais pour me soulager, je les déchirais immédiatement après, car elles n’étaient qu’un défouloir.
Ce besoin d’écrire a tout de même repointé son nez il y a presque un an maintenant, mais je ne voulais pas écrire de façon à devoir relire mes sentiments, mon « vrai moi ». Alors j’ai ouvert ce blog. Jusqu’à mon billet sur ma « peur panique d’écrire », impossible de consigner un seul mot sur du papier : je ne m’abreuvais que des mots des autres. Mais en réalité, ce billet a été un vrai déclic. J’ai commencé à écrire mes articles dans mon carnet, puis pour moi, et j’ai aussi commencé à jouer à « Des mots, une histoire » d’Olivia : cela m’a prise un matin et depuis je ne m’arrête plus. Je libère enfin les mots qui, avant, étaient désespérément prisonniers de mon esprit.
Et le plus important, c’est que j’ose me relire, et ça c’est le plus grand pas pour moi.
A noël, j’ai besoin d’un nouveau carnet, et que vais-je faire pendant mes quelques jours de vacances dans la maison de famille ? Farfouiller dans mes souvenirs d’enfance et qui sait, je retrouverai peut-être un de ces carnets, qui renferment mes mondes !